Une tâche ménagère commence souvent avant le premier geste. Il faut remarquer qu’elle devient nécessaire, se souvenir qu’elle reste à faire, lui trouver une place et parfois rappeler son existence.
C’est cette partie du travail que j’ai voulu mieux prendre en compte. Un système peut commander une lampe ou un volet sans beaucoup d’ambiguïté. Pour aider à organiser le quotidien à deux, il faut d’abord rendre explicites des habitudes et des règles qui n’étaient pas forcément écrites.
J’avais commencé ce travail dans un tableur. Il m’a servi à poser les tâches et leur répartition. Puis j’ai voulu rapprocher cet outil de la vie de la maison, en le faisant entrer dans Home Assistant et en le rendant accessible sur une tablette dédiée.
Mettre ce qui reste à faire à portée de regard
La tablette a pris le nom de Borne Frigo. L’écran rassemble les événements et les tâches de chacun, à côté de la partie consacrée aux courses et aux réserves.
Ce regroupement répond à une intention assez simple : permettre de retrouver les informations utiles au même endroit. Si une tâche est visible avec son état, il devient possible de la prendre en charge sans commencer par reconstituer ce qui a été décidé ou déjà accompli.
La présentation a demandé plusieurs ajustements. Les cartes devaient rester lisibles sans occuper toute la place. Les événements communs avaient besoin d’un affichage cohérent. Les informations concernant chacun occupent désormais ensemble une moitié de l’écran, la cuisine dispose de l’autre.
Ces choix de proportions peuvent sembler accessoires au regard du moteur de répartition. Pourtant, c’est cette surface que nous utilisons. Une information bien calculée, mais difficile à retrouver entre des cartes trop grandes, perd une bonne partie de son intérêt.
Décrire une règle oblige à choisir
La première idée consistait à répartir la charge hebdomadaire au fil des jours, autour d’un septième par jour. En la mettant en œuvre, il a fallu préciser le traitement de ce qui n’était pas terminé et éviter de proposer à nouveau une tâche déjà accomplie.
La règle a évolué pour prendre en compte la charge et le nombre de jours restants dans la semaine. Les tâches communes sont réparties en considérant leur durée et leur difficulté. Les activités personnelles récurrentes gardent leur propriétaire et restent hors de cet équilibrage.
Une tâche commencée dans le système ne se découpe pas toujours en fractions commodes. Les journées peuvent donc rester inégales. Le calcul donne une base de répartition, qui doit encore être confrontée à notre manière de vivre et à la réalité des tâches.
Il a aussi fallu corriger des comportements plus ordinaires : des journées qui restaient vides, des dates empêchant la sélection, ou des informations perdues lors d’un réglage. Derrière une colonne sans carte, il pouvait y avoir une tâche existante que les règles rendaient simplement inéligible ce jour-là.
Garder une trace de ce qui a été fait
J’ai choisi une présentation inspirée du jeu vidéo, avec des quêtes, des illustrations en pixel art et des barres d’expérience. Ce vocabulaire donne un peu de légèreté à des activités qui en manquent parfois.
La validation se fait directement sur la carte. Elle reste visible, grisée, avec une coche. Ce détail me paraît utile : ce qui a été accompli garde une place dans la journée, au lieu de disparaître dès qu’on l’a terminé.
Les points d’expérience et la charge de travail remplissent des fonctions différentes. La répartition doit se baser sur l’effort prévu et les réalisations connues. L’expérience accompagne l’interface. Les confondre aurait rendu les règles plus difficiles à comprendre et à ajuster.
Sous cet habillage, le projet reste très concret. Il faut qu’une action soit enregistrée correctement, qu’une annulation retrouve son sens et qu’un changement de journée conserve les informations nécessaires.
Laisser une place au retour du foyer
Le moteur des tâches fonctionne aujourd’hui en bêta dans la maison. Nous pouvons voir les affectations, enregistrer les réalisations et faire évoluer les réglages. Cela constitue une première étape vérifiable.
L’effet sur la charge mentale demande davantage de recul. Je cherche à savoir quelles informations deviennent réellement plus faciles à partager, quelles décisions restent à prendre et quelles manipulations pourraient être supprimées. Un système qui réclamerait trop d’entretien pour suivre les tâches finirait par nous en ajouter une.
Les courses et les réserves prolongent cette démarche, avec d’autres questions de saisie et d’usage. La préparation des repas viendra ensuite, lorsque les recettes et les données nécessaires auront été vérifiées.
Ce projet me fait travailler sur une dimension de l’automatisation qui m’intéresse de plus en plus : le moment où l’information permet à quelqu’un d’agir sans avoir à demander, se souvenir ou chercher longtemps. C’est ce résultat que je veux observer dans le foyer, puis améliorer à partir de ce que nous en faisons réellement.